Une Phèdre apocryphe

 On ne nous a pas dit, nettement, ce qu'il s'était passé, après le poison. Au-delà du poison. De l'aveu ultime, terrible, assassin. Phèdre n'a pas eu honte. Non. Elle a menti. Elle n'a d'ailleurs pris aucun poison, vous savez. Ce qui lui a glacé le sang, brisé les veines, c'est de ne plus culpabiliser. Sa culpabilité n'était, à la fin, j'insiste, à la toute fin, que rhétorique. Seulement des mots lancés, librement. Pour rentrer dans un pardon un peu superficiel, formel. Quand elle avoue une ultime fois, elle remplit un formulaire. Elle souffle sa culpabilité : cette acidité qui ronge, ces remords, ce sentiment de honte, cette interdiction ne peuvent plus exister ailleurs que dans l'espace de la parole. Mais ce qui tue Phèdre, c'est qu'elle n'a plus honte. C'est qu'elle aime, un point c'est tout, sans aucun regret ; elle pèche allègrement. Elle écrit des lettres enflammées qu'elle n'envoie pas. Elle rêve d'étreintes infinies avec Hippolyte. Ce qui la tue, c'est de ne pouvoir rien faire, et non pas d'éprouver un amour impur. Elle est bien au-delà, Phèdre, la vraie, du pur et de l'impur...

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