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Les mots du soir

      Tu sais, je t'entends. Dans ton antre d'épuisement et d'oubli, immobile, tu es là. Il me parle, quand je dors, et il me rassure - je sais, je sais que tu ne souffres pas. Je fais de Dieu mon Hermès, messager insolite qui se balade dans les villes. Tu es là. Singulière prison où tu penses, sans doute. J'entends tes questions, tu connais les réponses. Entre deux. Entre deux eaux, deux cieux, deux souvenirs... Une somme de brèches où s'absorbent les regards et les soleils d'encre et de miel.        Je me laisse soulever par quelques éclats de voix - je n'oublierai pas ta voix que ma mémoire archive pour l'éternité -, quelques rires partagés, envolés - ou plutôt inscrits dans les oliviers.      Nous sommes là, quelque part sur ces plages, dans cette mer, quelque part dans cet air chaud, plein de sable et de sel ;       nous sommes là, sur cette place pleine de musique et de lumière, pleine d'iode et de chansons éter...

ןָּתְשֻחְנ

 J'ai, sur le bout des doigts, quelques pétales de fleurs humides.  Sur le rebord de ces lèvres fleuries, un sourire attaché. J'ai, au creux de ma paume, un secret. Quel est ton nom, déjà ? Je l'ai oublié, tu sais ; je sais que tu ignores aussi le mien... Ne t'en fais pas, cela n'a aucune importance : je serai celui que tu voudras bien voir. Sois très attentif et abandonne-toi dans ces sphères incroyables, dans ces lieux insouciants, qui transcendent l'espace et le temps. J'ai couru, tu sais, l'autre soir, pour te donner quelque chose . Où étais-tu, déjà ? Tu l'as oublié. Moi aussi. Qu'importe, après tout. Nous sommes reprogrammés : deux statues bien en place, façonnées à partir de pierres sacrées et magiques.   J'ai, sur le bout des doigts, quelques pétales de fleurs humides.  Nous dansions sur le rythme d'un empire écroulé. Quoi de plus stimulant, sonore et renversant que les ruines ? Les rues faisaient des cercles flamboya...

Hypnose

 J'ai eu ma dose de feu clair et doux, en capsule. Injecté. Il marche, encore, danse au milieu de roses sublimes, fait vibrer les voix, les éclats, s'envoler les lourdeurs. Tout n'est que contours flous et mouvants. Tout n'est qu'insouciance chuchotée, au creux des feuilles mortes et des fleurs régénérées.  "Parmi les plantes, aucune n'est ma préférée ; pourvu qu'elles soient folles, libres et spontanées !"  La messe était dite. Et l'esprit s'incarnait. Dans l'incertitude, les vertiges et l'extase.   Première gorgée de lumière. 

Les capes dans la chapelle

 La Lune sonne, sonne, sonne. Branche noire esseulée dans un paquet d'air frais. Le Ciel crie, crie, crie.   Si je m'en retourne, tout brûlera. Les pas sont lourds, mais beaux, trois fois gracieux, trois fois heureux. As-tu eu ce que tu voulais ? Je sais que je peux jouer. Je gagne à tous les coups. Je suis en paix. Le regard brûle, brûle, brûle. La main droite prépare sa prière. La main gauche pèche, pèche, pèche. J'éclate, à grands coups d'insolence, l'immense tour de verre.   Qu'importe, après tout.   La Lune chante, chante, chante ; avec sa figure bossue et heureuse. La bonne vieille. Aussi cinglée que douce. Je prends un vieux crayon que je taille au couteau. Je trace une ligne ou deux sur une nappe en papier.  Tout peut bien passer à la poubelle.  Aux ordures.  Dans l'oubli.  En plein milieu d'une déchetterie, un hibou gronde, gronde, gronde.  Pour la énième fois, il entre en transe pendant que le...

Graal

 J'essaie, tant bien que mal, de tout remettre ensemble. De coller, avec force, à une espèce éteinte de continuité . J'essaie, autant que faire se peut, de faire de l'unité . Puissé-je faire advenir ce tout qui met fin aux pièces détachées. Mais le tout, l'organisme, l'ensemble finit toujours par résister à la continuité. C'est le jeu bien pervers de l'exactitude. Celle du tout dernier moment, la plus pure, celle qui nous fait toucher du doigt la Vérité. Celle qui fait dire : "Nous y sommes !" ... Ce point d'harmonie, où l'on n'ajoute plus rien, où l'on ne retranche plus. Ce point d'excellence qui impose le silence. Pas n'importe lequel : celui de la prière, de la révérence ; celui du foudroiement devant les feux superbes et ardents ; celui qui nous fait baisser la tête et fermer les yeux. Celui qui donne envie : envie d'exister, d'être autrement, de se confondre avec maintenant . Ce silence-là.   Il s'agit ...

Caractères

 Il y a ceux qui créent. Qui marchent. Qui fendent les eaux et ouvrent les déserts. Ceux qui donnent une mélodie à leur cri, qui prennent la parole, qui remuent monts et marées. Ceux qui pensent, qui façonnent, qui irriguent les terres arides. Ceux qui transmettent, élèvent, construisent. Il y a ceux qui font, qui se hissent, qui cheminent. Après eux, tout sera différent.   Puis il y a ceux qui ricanent dans leur coin sombre, qui se mettent en ébullition, qui sont pleins de bassesse et de démangeaisons ; ceux qui sont couverts de plaies, d'ulcères, de mots soupirants et sifflants. Que font-ils, déjà ? J'oubliais... Ils sifflent comme des trains usés, et, comme eux, ils passent. Vous savez, c'est tout un métier...   Un rire cristallin, fier et haut retentit dans le vent. 

Au-delà des brumes de boue

 Un étage. Deux. Puis trois. C'est ici que tout va se jouer. C'est là, peut-être, qu'il y aura un sens. Quelque part au troisième étage, entre deux guéridons noirs.   Avez-vous vu toutes ces montres immondes accrochées au mur ? Nous demandent-elles de mourir, comme des  vieux lâches ? J'irai poser la question à celui qui occupait mes matinées tourbillonneuses, tâchées d'oubli et de bruits sourds.  Pour l'heure, il est trop tard.