Un conte
Il erre lentement sur la rive. Rien ne va avec rien, rien ne sied à rien ; tout est détaché de tout : des petites galaxies qui ne se croisent jamais. Elles flottent, autour de l'eau, tournent au-dessus du sable, gravitent sous les pluies. Chaque grain d'univers produit un grincement, imperceptible ; pourtant, parfois, il l'entend. C'est singulier, vaporeux ; dans l’atmosphère, on sent une étrange liqueur - froide. C'est un climat suspendu, enroulé sur lui-même, tout pétri de torpeur.
Ici, c'est tropical. Brûlant, humide et chatoyant. Est-ce que c'est beau ? Mes paupières vibrent sous le vent épais, mes yeux cherchent un équilibre. Car ici, tout vacille, tout se balance ; si on attend un peu, on trouve de l'harmonie, des parures énergiques, du baume épais et chaud pour l'âme. Cataplasme sacré.
Une figure magnifique prend place. Chaque arpent de son corps appelle, demande, suscite. C'est un absolu. Ici, il est à sa place, aussi incongru que tout le reste. Mais son incongruité lui donne un éclat d'or, un charisme oxygénant. J'inspire de toutes mes forces ; je m'envoie dans le corps une dose d'éternité. Je ne respire pas bien, ni mal ; je respire autrement.
Là, il y a des cours d'eau psychédéliques : entre autres bizarreries, ils coulent à l'envers et ne font aucun bruit. Certains disent qu'ils murmurent des horreurs, quand il fait noir. Moi, je suis parti avant la nuit.
Il approche d'un cours d'eau, se met à genoux, avec une douceur irréelle. Il boit, il mouille son visage, tout son corps. Puis il se met à pleurer. Calmement. Puis je le vois, partir foudroyé, se dissiper comme une poignée de cendre. J'apprends sa silhouette par cœur. Elle m'échappe. Je m'efforce de fixer quelques détails. Ils s'évadent, s'envolent.
... petites galaxies d'or... archipels cycloniques...
Commentaires
Enregistrer un commentaire