Rêverie à boire
Le soir sublime s'installe, plein de charmes, plein d'hypnose ; il fera, cette nuit, une énième victime. Derrière lui, les portes du ciel se ferment. C'est un lourd fracas : le sol tremble, les murs tombent. Tout est éminemment théâtralisé. Le public attend son homme, son grand annonciateur, son grand libérateur, les mains dans les poches, les yeux ouverts, l'esprit endormi.
Les âmes se faufilent, et les plaines se peuplent de panthères étranges : leur regard est injecté d'éclats de cuivre. Elles avancent, s'éparpillent, se répandent. Nul ne sait ce à quoi elles prétendent, en secret, dans les solitudes vespérales.
Le vent est plein de cicatrices, de griffures ; il saigne encore un peu, mais il n'y pense plus. Des grands coups de lueurs lui font mal, le tourmentent, l'affaiblissent, le déchaînent parfois. Tout arrive là, jeté brusquement. Traînée de poudre, giclée de sang.
Que pourrais-je ajouter quand tout déraille et se dérègle ? Je vous laisse écouter : tout geint, tout glapit, tout se fend et s'épaissit. Je vous laisse admirer, trembler, frisonner. Qu'importe. S'il faut vomir, vomissez. Mais sentez, sentez tout ce qui secoue, frappe, déjoue la sérénité des jours clairs et légers. Voyez. Buvez l'aigreur des mots secoués, des mots sauvages, barbares, des phrases pleines d'orage.
Santé !
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