L'électron
Perpétuellement déraciné, il apprend péniblement à marcher. Boiteux quand le jour pèse, heureux quand la grêle fend le sol, il apprend à communiquer, à être là avec un autre, à se faire entendre quand tout s'emballe. Posément, il s'installe ; ferme les yeux ; écoute les cieux. Il doute, respire, écoute. Souvent, c'est difficile ; malhabile, il rit quand il ne faudrait pas rire. Regard noir. Silence rougi de honte.
Le hasard, il apprend à le laisser enfermé, dans un beau coffre de bois. Bientôt, il oubliera l'existence du coffre. Quelqu'un passera, le jettera à l'eau ; éternel engloutissement vers des cités de corail. Chaque mouvement de main, de doigt, de phalange, chaque regard, chaque crispation, chaque souffle... Tout est écrit, tracé, voulu, choisi. C'est ainsi qu'on s'installe au cœur du monde, peut-être.
Puis, quand tous tombent de sommeil, quand tous ronflent, rêvent, disparaissent, quand le soir enveloppe tous les yeux, quand le silence profond de la nuit adipeuse coule dans toutes les gorges, il s'éveille. Automate libéré de ses vulgaires sujets, il est un roi diverti et dansant. Il sourit dans le vent. Tourne sur lui-même comme un soleil et se met sans cesse à rire comme un enfant.
Perpétuellement arraché à ses terres, a appris à aimer un ciel éternel. Toujours enveloppé des mêmes courants d'air, il savoure chaque instant de sa désinvolture. Il sait ce qui lui donne son souffle, ses éclats de voix et de rire ; il sait à qui il doit ses séismes superbes qui font luire son âme.
Une voûte lourde, sombre et vivante
qui grouille de prières.
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