Le bracelet bleu
Pour lui, pour eux ;
un enfant vous écoute.
Dans l'immensité des ombres et des cercles verts, elle va se métamorphoser. Elle tend sa coupe magnifique vers le ciel. Voit son reflet dans le verre. Tout est parfait. En place. C'est toujours la même chanson. N'êtes vous pas lassés ? Cela m'arrive, mais il faut avancer.
Bref, elle tend sa coupe vers le ciel, porte un toast à on ne sait qui. Un nuage ? Un oiseau ? Certainement pas Dieu, en tout cas. Dieu, elle en parle toute la journée, elle le met sans cesse dans sa bouche. Bon, pourquoi pas. Mais c'est un peu dommage. On ne met pas Dieu dans sa bouche, c'est sacré ! (Pensez-vous que j'aie blasphémé ? Et si vous vous trompiez ?). Dieu, elle le sert à toutes les sauces. Heureusement qu'elle est là, sinon, il ne pourrait pas s'exprimer ! Elle est son interprète, son ambassade, son porte-parole. Et elle en est bien contente. Tant mieux pour elle, tant mieux pour Dieu.
Tout le monde est très satisfait.
Un jour, son garçon lui a dit qu'il trouvait plus d'attraits aux autres garçons. Alors elle a fait grincer Dieu dans tous les sens, dans toutes les pièces de la maison. Il fallait le guérir bien fort, à grands coups de bibles dans la figure - c'est dommage de malmener un si beau livre, mais enfin, à défaut de le lire...
Brisé, il a fui. Seul. Sans savoir. Sans comprendre. Peu rancunier, il a pris la Bible dans sa valise. Il y avait de sublimes passages. Il les cornait, signe d'amour inconditionnel pour un texte ! Il passait sa vie à la lire, dans tous les sens. Cela jaillissait, c'était révolutionnaire à souhait, complètement délirant et sublime ; une merveille ! Il fut invité à surgir, triompher, au-delà du Bien et du Mal. Vous avez bien lu.
Quelques années plus tard, il la retrouva. Il la revit, un instant seulement. Elle était mourante. Elle revit son fils pécheur toute pleine de compassion et de miséricorde, la sainte femme. Il ne dit pas un seul mot. Elle non plus. Mais un souffle frappa son âme : c'était le regard de ce garçon sublime, de son enfant, son regard noir, pénétrant, un puits sans fond, un horizon dense, épais.
Elle sut ; elle comprit un peu tard qu'elle avait sous les yeux
le regard de Dieu.
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