Entre deux stations de radio
Quelle insouciance ! Quelle légèreté ! C'est charmant et battant, quand tout danse !
La route est longue, seule, droite et vaste. Le soleil l’inonde, diffuse cette odeur de goudron chaud. Dans le vieil autoradio, une musique colorée et sucrée grésille ; on n'entend presque rien avec le bruit du moteur, mais on connaît les paroles par cœur. On chante chaque mot - un peu faux. On a renoncé au toit de la voiture : c'est plus pratique pour danser ! David reçoit un insecte dans l’œil : il en rit ; en pleure ; oublie.
Dans le vieil autoradio, une nouvelle musique se met à grésiller. Seules les basses résonnent à peu près décemment. Le reste est une sorte de bouillie imperceptible. Mais on est heureux. On la fredonne, on la chante, on la vit, comme si on la connaissait par cœur. David est un peu ivre, cela se voit à la manière dont il passe sa main dans ses cheveux - aussi, il chante un peu moins faux...
Dans le vieil autoradio, c'est une ballade un peu mièvre qui fait son entrée. On coupe le son. C'est déprimant. On rallume la machine. On cherche une station décente : ici, c'est de la politique ; là, de l'humour un peu gras ; on s'arrête finalement sur des grésillements : en tapant des mains en rythme, on en fera quelque chose. Ou peut-être qu'on n'en fera rien. Tant pis.
La ville la plus proche était encore loin. On n'aura bientôt plus de carburant. On attendra une âme charitable pour nous conduire à l'endroit voulu. Là, on versera de l'eau sur une table noire, on mettra des cendres sur le sol, à l'abri des regards, on allumera des bougies ; tout cela sera très solennel et très mystérieux.
Puis on oubliera, et on sortira pour danser dans d'immenses clubs sombres et peuplés. Cela nous rendra presque aussi hilares que le vieil autoradio. On se promettra d'être jeune pour toujours ; puis on s'oubliera, on oubliera. Et un jour, quelque part, on entendra une musique colorée et sucrée ; alors on se rappellera le vieil autoradio abîmé, laissé au bord d'une grande route.
La bonne odeur du goudron chaud ;
David, sa larme d'éternité...
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