Éclats de pluie

 Je marche dans d'absurdes rues. Je vois quelques vitres brisées, des voitures laissées, cabossées, oubliées ; et la pluie qui donne une odeur un peu plus fraîche à ce magma épais. Dans ma main droite, je serre mon parapluie. Je ne serai pas, jeune homme, une ombre dans tes arcades grises ; n'y compte pas. Tu m'as regardé un peu trop vite, tu sais. Tu pleures, pauvre âme ? Tant mieux, tu purifies nos cœurs, fais imploser les silences, laves quelques spasmes d'argent. 

 Et je m'arrêterai là, car j'entends sonner une vieille cloche dans la Lune noire. Elle vient de loin, du fond, du dessous. Je crois qu'il me faut fuir, elle va sonner trop fort. Ces mélodies doucereuses, dissonantes et joyeuses me brisent un peu le corps. Tant pis, tant pis, il faut tourner le dos. Oui, vraiment, je m'arrêterai là. 

 Je te laisse, avec tes chansons un peu datées, tes gestes cadenassés. Tu sais, jeune homme, j'ai à faire là-bas, sur ce pont magnifique qui fait trembler les eaux. J'ai à faire. J'ai encore trop parlé, accroché à tes mots velouteux ; inutile de m'appeler, car j'ai les yeux ailleurs. Mon âme se balade, vraiment ? Dans l'herbe haute ? Bon. 

 Je m'arrêterai là ; une épaisse seringue et une dose bien dense 
de Sens. 

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