Alchimie

 L'aile s'est battue, débattue, et a tout renversé sur son passage. Un moment plein de grâce, plein de silence, en réalité, plein d'harmonies soignées. J'entends encore le sifflement discret qui ornait cet espace. Comment ferais-je pour revoir les perles grises dans le ciel ? Une réponse est enfouie, quelque part ; je sais très bien où, mais je prends mon temps. Je prends mon temps parce que c'est rare, parce que c'est Dieu qui le demande, parce que c'est le Ciel, dans toute sa disposition, dans toute son exactitude, qui l'impose. Il l'impose comme on impose ces silences religieux, juste après les prières, ou pendant. Car pour prier, jeune chose, il faut se taire. C'est quand tout cesse qu'Il entend. 

 On n'a pas le droit de se perdre dans des tensions inutiles et froides, on n'a pas le droit de s’asphyxier avec des mots laids, hideux, qui suintent le commérage, le fiel et les humeurs. Il faut s'élever, jeune chose, s'élever plus près de ces grands balcons ronds et noirs qui font de gros clins d’œil. Se hisser là où une brume lourde, dense et pure dissipe la peur, roule et fracasse les injures. On n'a pas le droit de parler si mal, de laisser ces mots gras et relâchés se coller sur nos lèvres. On n'a pas le droit. Ici, le langage est un espace réservé, réservé par la transcendance qui dicte ses règles, ses révolutions, ses lois, ses tensions et ses tempos pleins de joie, de noblesse, de profondeur. Voilà où nous sommes, où nous avançons, malgré les cris et les pleurs, les chuintements assassins de ceux qui osent encore cracher - à vos souhaits, mes enfants ; comment va votre fadeur ? 

 Les muscles de chaque membre ne sont que des échos, des appels, des crispations sublimes et parfaites, des signes qui conduisent à de saintes métamorphoses poussiéreuses et habiles. Il changeait, disait-on, la boue en or... C'est un peu vu, jeune chose, revu, galvaudé, pourri, même. Non, non, il ne change rien. Il voit juste plus clair, il dissipe les écumes et la mer, il rejoue, chaque soir, à sa fenêtre oubliée, la Genèse. Et puis, quand il ferme les yeux un instant, descendent alors des chevaliers concupiscents et habiles. Ceux d'une apocalypse libidineuse et moite. Là, la musique change, les sons sont plus suaves, mais tout concourt à s'unir dans une voix d'or et de fioul. Tout concourt à parler juste, à poser un nom vrai. Tout concourt à s'effacer pour rester sous une forme autre. 

 Il installe son cosmos au creux de chaque atome. 

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