Oraculaire


   Les violons jouaient de plus en plus fort, c’était beau, précis, précieux. J’attrape quelques regards, les accroche quelque part ; je les cache dans ma main. Les mettrai, délicatement, dans un écrin recouvert de velours rouge. Des regards bleus,  sombres,  clairs,  perdus ou suspendus, profonds,  sereins,  lointains… J’en fais la collection, les imprime en couleurs, sur un papier jauni, corné par accident. Singulier archiviste.

Il y a toujours cette charmante cave froide, ou le sol est humide, où les pierres sont salies, cette cave hypnotique dont j’ai brisé la clef, saccagé la serrure – libre circulation, mais personne ne viendra. Je suis en paix, pour jamais.

Les violons se sont tus,
la salle applaudit ;
resteront les chaises vides,
je dois aller ailleurs.




    Une mer barbelée, bourrelée de barbares secousses. J’ai cru y voir des clous, des morceaux de cuir noir et des lambeaux d’ampoules. C’était un ciel chargé de grâces et de glace, imbibé de café froid, de théine, d’hormones et de sueur, cette sueur inodore qui rend les corps plus justes et plus vrais, qui les colore un peu, rend leur teinte plus suave et leur sang moins glacé. Océan imbibé de lueurs, de reflets, d’ombres artificiels, parades mécaniques, qui sentent bon le vent et les étoiles filantes.

Soyez donc attentifs au rideau déchiré sur lequel vous marchez, aux vases brisés, aux pneus crevés, aux carcasses rouillées – écoutez-les chanter, sous les nuages bleu-ciel, éponges engraissées d’encre.






Avez-vous déjà vu
Un éclair enflammer
Une chapelle oubliée ?

Il était une fois…

Le ciel cède quelque part. Secoue et brise l’horizon noir. Le chaos est vibrant, le chaos est magique. La chapelle est splendide : rougeoyante, elle crépite, produit des sons nouveaux, des sifflements chimiques. Quelle symphonie ! Quelle sublime agonie ! Enfin, la table est rase et les roses sourient ; enfin l’arche se dresse dans une aube parfumée, toute baignée de soleil ; enfin les pieds se posent et les regards s’apaisent. Triomphent les rythmes nets des doux cœurs qui palpitent ; chair fraîche et mélodique.
Tic-Tac-Tic-Tac-Tic-Tac…

Sur la veine se pose une aiguille cosmique.


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