Harmonies


   Je me suis installé sous une belle cloche de verre. C'est spacieux, lumineux, étoilé ; un empire chaleureux, plein de belles tours de glace et de beaux oiseaux bleus. Leur chant n'a pas d'égal dans votre monde de terre et de pain. J'aimerais vous l'écrire, mais j'échoue, lamentablement. Je voudrais cependant vous en livrer des bribes. 

   Leur chant est gorgé de couleurs, de nuances : des éclats bleus, des rayons mauves ; jamais de traits, jamais de points, mais seulement des plages de couleurs, des zones, plus ou moins définies, des traînées de comètes, des chevelures auréolées, douces. Une perpétuelle bariolade. 

   Leur chant est truffé de saveurs, d'innombrables liqueurs, d'ivresses magnifiques. Il console comme le sucre, fortifie bien nos fibres, renforce les muscles, vivifie le sang et les moelles. Qu'il est bon à entendre ! Un mets de choix, délicat, exquis. 

   Leur chant dégage mille odeurs - vous l'aurez deviné, j'espère que vous suivez... - : des notes florales, ambrées, musquées ; un encens inédit, qui apaise le corps et qui nourrit l'esprit de ses fumets joyeux. Sentez, buvez, soyez heureux ! 

   Ce soir, on célèbre ; on célèbre le chant des oiseaux. On est peut-être un peu sot, un peu mièvre, un peu étourdi par la Lune et le vent. C'est vrai, c'est vrai ; mais n'en faisons pas une oliveraie ! Vous riez ? Si oui, tant mieux ; sinon, tant pis. 

   Un peu de café oublié, quelques graines de poivre. Les premiers feux du soleil sur la poussière du carrelage délicieusement rafraîchi par la nuit. Ce ne sera qu'un bonjour, simple comme la vie, un frisson étouffé sous un gros gilet de laine. Et le chant des oiseaux. 

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