Élixir

Je me rappelle ce goût singulier – du citron, un thé beaucoup trop fort, une tasse froide. Encore une goutte, juste une…

Je n’oublie pas ce parquet poussiéreux, zébré de soleil, tout orné d’ombres et de fumée. J’y vais encore parfois, quand tout est noir, que nul ne me voit. Tous ces mouvements de danse, tous leurs battements de cil, ces brûlures d’estomac, ces aigreurs dans les veines, je les connais par cœur.

Je me rappelle le silence sifflant qui caressait le marbre chaud. Chaque point de contact – mon pied, le mur ; mes doigts, le ciel – est gravé dans mes moelles, agrafé à mes fibres.

Le bruit sourd du papier, les miettes sur mes genoux. La poignée dans ma main, la lourde porte beige. L’odeur unique, enfin, de l’eau chaude – je ne mentirais pas.

La Lune a vomi toute sa bile, ce soir, libéré ses humeurs. Elle a baillé, heureuse, rieuse, purgée – singulière saignée. J’ai osé demander quel était son prénom, ce soir.

Elle était douce, j’étais vertige. Le portail a grincé. La pluie s’est mise à me parler. Suis-je insensé, ce soir ? J’ai senti encore cette odeur unique – oui, celle de l’eau chaude et de l’obscurité du matin, de l’eau chaude dans le noir.

Tu dors quelque part, dans des lambeaux mauves et gris.

Une tasse froide. Une goutte encore – juste une...

Faisons silence : le Soleil sent la rouille ! 


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